Venise au Château Labottière

Dans le bel hôtel particulier qui sert d'écrin aux expositions d'art contemporain organisées par l'Institut Culturel Bernard MAGREZ, rue Labottière à Bordeaux, je suis allée voir tout dernièrement « Rêves de Venise » que j'ai trouvée riche en regards croisés sur la peinture, la sculpture, l'objet d'art, la photo et la vidéo .
Accueillis dès le porche par la gondole verticale "Aqua Alta" de Laurent Valera (photo n°1) qui réunit la tradition séculaire vénitienne et la modernité du XXIème siècle, puis par le globe d'or de James Lee Byars (photo n°2) face à l'entrée de l'Hôtel, le cheminement s'organise de salle en salle autour de cinq thèmes représentatifs de la Sérénissime .
Comme il est impossible de parler ici de chaque oeuvre, je citerai seulement celles qui m'ont le plus intéressée, touchée, interpellée ou amusée en y joignant quelques photos représentatives.

- Première salle Arsenale, Venise et son rapport à l'eau:
le buste en bronze d'Annette dite « Venise » (photo n°3), l'épouse de Giacometti et juste derrière, une aquarelle, inhabituelle chez le sculpteur, représentant un navire face au Duomo.
le "noeud de Babel", collier en grosses perles de verre miroité de Murano de Jean-Michel Othoniel (photo n°4) qui se reflète dans la sphère ovale en fibre de verre d'Anish Kapoor.

- Salle Vedute: différents regards sur la ville dont je retiens ces trois tirages photographiques:
la "Place Saint-Marc" par Massimo Vitali, foule en mouvement figée pourtant dans l'instantanéité de la prise,
le "Palais Dario" aux beaux crépis délabrés de Claire Adelfang,
et cette extraordinaire composition de Jean-François Rauzier, "Vedute" (photo n° 5), qui juxtapose dans un grand format des centaines de vues assemblées de la ville avec le Rialto en point central à partir duquel s'organise le regard du spectateur vers les limites externes de la photo.
Mais aussi "Poveglia" (photo n°6) , maquette sous altuglass d'une île à la blancheur immaculée sur fond noir de Sébastien Vonier.

- Salle Republica, liée à la culture vénitienne, interprétée et détournée:
les deux petites huiles sur toile de Canaletto (photo n°7) si représentatives de la ville,
et cet "Autoportrait à Venise devant une peinture de Bellini", tirage argentique d'Agnès Varda qui m'a beaucoup amusée : l'intégration de l'artiste dans ce tableau du 15ème siècle est une réussite absolue et un savoureux clin d'oeil humoristique. Bien d'autres notes d'humour parsèment ainsi le parcours de l'exposition.

- Salle Salute, le rapport au sacré:
Zoran Music, San Marco (photo n°8) et canal de la Giudecca, les tons chaleureux couleur des crépis à la tombée du jour de cet artiste lié à Venise jusqu'à sa mort .

- Salle Fortuna, l'or sous toutes ses formes, l'allégorie de la fortune:
Tapisserie murale en cuivre recouvert d'or galvanisé (photo n°9) , tableau sculpture recouvert de signes, de scarifications, de graffitis de Rudolf Stingel, qui surplombe l'installation de Félix Gonzalez-Torres, un rectangle scintillant composé de bonbons enveloppés dans du papier doré.
Et le très beau monogold de Klein (photo n°10), feuille d'or sur plexiglass, forme sinueuse et complexe en trois dimensions qui illumine le mur sur lequel il est présenté.

A l'étage, suite de l'exposition avec des grandes photos de différents artistes photographes qui montrent la ville, reconnaissable et pourtant singulière, et deux autres oeuvres en verre de Murano de Jean-Michel Othoniel (photo n°11).

Le choix des oeuvres présentées offre plusieurs visions contrastées et complémentaires de Venise, ville magique entre toutes, ancienne et moderne, intemporelle, imaginaire, fantasmée. On en comprend d'autant mieux la complexité: l'apparat, l'abondance, le sacré côtoient de près la part d'ombre liée aux excès et à leurs conséquences néfastes (Poveglia, l'or des cornes du bélier de Nicolas Milhé).

Par ailleurs, il apparaît que le Commissariat d'Exposition de l'Institut Bernard MAGREZ procède à un vrai travail en profondeur. Le choix des oeuvres s'inscrit réellement dans la thématique choisie et le rapport entre elles, aussi diverses soient-elles, fonctionne.
Bien d'autres artistes dont je cite rapidement quelques noms participent à cet échange entre le visiteur et les oeuvres: Sophie Calle, Nan Golding, Martin Parr, Cy Twombly, Philippe Pasqua, Jean-Michel Folon...
Chaque oeuvre est présentée individuellement par un texte clair, instructif et intéressant (pas de langue de bois ni de discours fumeux comme on le voit si souvent dans beaucoup d'expositions ces dernières années).
Tout visiteur peut lire et garder les fiches proposées, prendre autant de photos qu'il le souhaite, et le coût de l'entrée (7 euros) est très correct .
Je vous engage donc fortement à vous y rendre, l'exposition se poursuit jusqu'au 21 juillet.

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